#1 Géorgie : Le grenier de toutes les caves

🛫Début mai, je suis partie en Géorgie, pays qui m’attirait depuis bientôt 4 ans et qu’il me tardait de découvrir 🇬🇪 .

IMG-20190508-WA0002
Photo: Tamara G

Petit instant souvenir… En 2015, alors que j’étudiais à Liège, j’avais deux coloc’ tout droit venus de Géorgie. C’est ainsi que mon palais prit goût aux saveurs du pays et ne s’en remit jamais vraiment 🙀.

 

sighnaghi
Sighnaghi (Kakhéti)

Mais répondons à la première question, que tu te poses peut-être. Où est la Géorgie🤔 ?
Je précise tout de suite: aucun lien avec Atlanta ni avec les USA.
Le pays se situe dans le Caucase, non loin de la Turquie et de la Russie, à mi-chemin, donc, entre l’Asie et l’Europe. Sa capitale est Tbilissi.

where-is-the-country-georgia-on-the-world-map-the-georgia-sdsu-program-is-located-in-tbilisi-the-nation-s-capital-of-where-is-the-country-georgia-on-the-world-map
Source: https://secretmuseum.net

La Géorgie faisait partie de l’URSS jusqu’en 1991, année de son indépendance, et elle est à présent une république parlementaire à part entière – pour la partie géo-politique et historique, je te laisse faire des recherches de ton côté, car ce qui nous intéresse ici, c’est la mangeaille 🤓🐽 (raison principale pour laquelle ce pays m’inspirait et m’inspire 💚) !

20190507_161847
Qvevri’ d’époque pour conserver le vin

Une des singularités de la Géorgie est sa tradition viticole. C’est en effet dans cette contrée que les premières vignes de l’humanité virent le jour, le vin formant ainsi partie intégrante de la culture géorgienne 🍇. Si tu as lu Voyage au Caucase, de A. Dumas, tu te souviendras que les repas étaient plus souvent accompagnés de vin que d’eau. Et j’aurais tendance à affirmer que cette pratique est encore d’actualité xD. Il n’est effectivement pas rare que des familles de province fabriquent leur propre vin, sans nécessairement en faire un business. Ce qui vient appuyer l’hospitalité et le sens de l’accueil admirable des géorgiens.

georgia_kakheti_map_en
Source: http://betravel.ge

Lors de ce court périple, il me paraissait ainsi évident de me rendre en Kakhéti, région du bien-manger et du bien-boire, plus encore que dans le reste du pays ! Et Tamara, ma guide trop cool, avait organisé pour moi la visite d’une cave à vin traditionnelle dans le village de Kachreti, à l’Est du pays.


IMG_4370
Photo: Ani Getiashvili

C’est donc dès mon deuxième jour sur le sol géorgien que je rencontrais Vazha Getiashvili, propriétaire d’un domaine qui a vu se succéder au moins 3 générations de viticulteurs, et dont la fille, Ani, et le fils, Rezo, sont actuellement en charge.
Le jardin et la maison sont absolument charmants, à la fois pittoresques, élégants et non sans un certain exotisme. Depuis les vignes suspendues au-dessus de la terrasse jusqu’à l’ancienne cave visible dans la salle de dégustation, tout dans ces lieux respire la passion familiale ✨.

IMG_20190627_191034
Photo: Ani Getiashvili
IMG-20190616-WA0002
Ani en pleine action (Photo: Tamuna Gioshvili)

Sur place, je lierai d’ailleurs connaissance avec une partie de la famille dont chaque membre semble détenir un rôle spécifique dans l’entreprise.
M. Getiashvili et sa petite-fille Tamuna me font ainsi faire le tour de leur « atelier », en me présentant les différentes techniques employées.

Bien loin de nos tonneaux en fût de chêne (ou autre), la Géorgie a pour tradition de conserver son vin dans des qvevri. Il s’agit d’immenses amphores sans poignées placées sous terre et dans lesquelles le raisin va fermenter et macérer dans son jus, à température quasi constante – voir ci-dessus.
(Plus d’info historiques et techniques par-)

Ici, les qvevri, réalisés par la famille, sont visibles dans la marani à quelques mètres de la maison:

qvevri
Nouveaux ‘qvevri’ dans la marani

La marani n’est ni plus ni moins l’équivalent de nos caves, soit l’espace où sont conservés les qvevri – et rien d’autre, car le vin absorberait l’odeur de tout ce qui se trouverait dans la pièce.  Aussi est-il d’usage de recouvrir les qvevri de sable afin de les maintenir dans l’obscurité et l’humidité.
De plus, le vin étant considéré comme une matière « vivante », il n’est pas non plus rare de déposer, dans ces qvevri en terre cuite, de la cendre de bois dont le rôle est de prévenir l’apparition de champignons. Les qvevri doivent par conséquent être nettoyés à chaque nouvelle vendange stockée.
M. Getiashvili me racontera d’ailleurs les 5 étapes de la vie du vin, dont l’ultime stade ne serait autre que… la mort 😱 !

cuve
Cuves à macérer !

Du reste, on m’informe que le pays possède quelque 525 espèces de vignobles différentes. C’est dire le champ des possibles quant aux variétés et arômes des vins, bien qu’une partie serve à produire du vin de table basique, généralement réservé aux « supra » (= banquets des grandes occasions). La particularité des cépages de M. Getiashvili tient au fait qu’ils soient bio, même si ses vins ne sont pas nécessairement sans sulfite – il s’agit par contre de sulfites naturellement formés lors du processus de fermentation. Les vins du domaine sont en effet « naturels », en ce sens qu’ils n’ont subi aucun ajout ni aucune transformation avant et après leur mise en bouteille 🍷👌🏾.

La Géorgie possède en fait un style de vinification qui fait la singularité de ses vins naturels, notamment de ses vins blancs.
Pour faire simple, alors qu’il est chez nous de tradition de retirer la peau du raisin après pressurage, les géorgiens vont, au moment des vendanges, faire macérer le raisin entier pendant 6 mois dans son jus, afin de développer ses arômes: c’est la méthode de macération pelliculaire ou « skin contact » (voir photo ci-dessus). Après quoi, le vin va entamer son processus de fermentation alcoolique puis malolactique directement dans les qvevri.
(Plus d’infos techniques sur cette méthode par ici et par .)

Petit aparté: le marc qu’on va pouvoir tirer du moût de raisin rendra possible la confection de « chacha« : digestif traditionnel souvent appelé « vodka de raisin », et qui n’est pas sans déboîter un peu la tronche 🤯 !

Enfin, pour en revenir à notre cave, notons l’ouverture prochaine d’une œnothèque dans le sous-sol même de la marani. Des débris de qvevri y seront d’ailleurs exposés: il s’agit de restes archéologiques retrouvés sur place au moment de la conception de la pièce – quand je te dis que c’est de famille !


16463013_1952891064972442_4925636190825833195_o
Vue sur les anciens qvevri (photo: Ani Getiashvili)
13517413_1387651501261933_6458662987435266078_o
Photo: Ani Getiashvili

La visite de la cave à proprement parler achevée, Tamara et moi sommes invitées à prendre place dans la salle de dégustation (ci-dessus). La décoration y souffle un vent de folklore et de traditions qui se mêle aux effluves des mets posés sur la table… Ce genre de moments où l’estomac se réveille !

bouffe1
Pour accompagner nos noisettes, crudités, fromage (imeruli tchkinti) nature et pimenté 😉 et autres pains sans levure (lavachi), on nous propose un Sheniani de 2017.
Il s’agit d’un breuvage composé à 85% de « rkatsiteli« , littéralement ≈ »tige rouge », variété de cépage utilisée pour produire du vin blanc, et à 15% de « mtsvane » ou « mtsvane kakhuri » (mtsvane = vert). En l’occurrence, le Sheniani est un vin ambré qui se veut sec.

 

bouffe2

Oui oui, tu lis bien: un vin ambré. Ou vin orange – Il semblerait d’ailleurs que cette deuxième dénomination soit plus populaire chez nous. Personnellement, je ne connaissais que le vin ambré de Rivesaltes qui, dans mon esprit, faisait du coup référence à un vin blanc dont la robe était couleur ambre.

Mais ici, peu de similitude avec les vins blancs que j’ai pu déguster jusqu’alors ! La couleur est bien plus proche de celle d’une liqueur et au nez, le Sheniani me rappelle d’ailleurs le ratafia. Bien qu’il soit considéré comme sec, je le trouve assez rond et fruité en bouche, mais il s’accorde particulièrement bien avec la nourriture épicée qui nous est proposée, plus encore avec un semblant de pain perdu salé aux oignons (voir photo ci-contre) !pain_perdu
Ce vin est surprenant, radicalement différent des saveurs auxquelles je suis habituée – il faut dire que je m’essayais pour la première fois au vin naturel. Cela-dit, son goût m’intriguera au point d’en acheter une bouteille pour repartir ! Malheureusement, les seuls points de vente internationaux se trouvent pour l’instant au Japon et (bientôt) en Israël. Souhaitons-leur de s’exporter plus encore !

Enfin, lors de la Foire au vin naturel, qui aura justement lieu quelques jours plus tard dans la capitale, j’aurais l’occasion de goûter d’autres vins de la maison (accompagnés de leur fromage artisanal type bleu, une tuerie 😋). Il fut question d’un Saperavi (vin rouge), ainsi que d’un Sheniani de 2018. Mais rien à faire, celui de 2017 a conquis mon cœur, et il me tarde déjà d’avoir l’occasion d’ouvrir ma bouteille 🤪.

60338862_2526748800919996_1795600731240136704_o
Photo: Tamuna Gioshvili

Un grand, grand merci à Tamara et à toute l’adorable famille de M. Getiashvili !! Pour votre temps et votre hospitalité, მადლობა 🙏🏾🤗!


Pour en savoir plus sur la cave de la famille Getiashvili, rdv sur leur Instagrampage Facebook ou directement en Géorgie :p . Pour info, Ani et sa nièce parlent anglais et se débrouillent très bien en français !

fbt
Ani (à droite) et sa nièce Tamara (Photo: Ani Getiashvili)

Et si les vins naturels t’intriguent, tu devrais aimer la série-documentaire d’Arte « Punkovino » qui s’intéresse au sujet 😉 

Prolonge ton voyage par là:
Géorgie #2: Bienvenue Chveni 
Géorgie #3: Une Montagne de raviolis
Géorgie #4: Un Supra séjour

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :